Des versets douloureux aux versets généreux !

Par Madame Florence Taubman

L’Amitié Judéo-Chrétienne de France est née en 1948, en réaction à l’horreur subie par le peuple juif pendant la seconde guerre mondiale, et à l’initiative, entre autres personnes, de l’historien Jules Isaac. Dans son grand livre Jésus et Israël, il dénonçait l’antijudaïsme chrétien séculaire en invitant les Eglises à rejeter l’enseignement du mépris pour développer un enseignement de l’estime à l’égard des juifs et du judaïsme. L’article 2 des statuts de l’association précise qu’elle s’interdit tout prosélytisme et tout syncrétisme, son objectif étant la connaissance mutuelle entre juifs et chrétiens ainsi que la lutte contre toute forme d’antisémitisme.

Ce travail se poursuit depuis 60 ans, exigeant des chrétiens et des différentes Eglises une relecture de l’histoire mais également un examen approfondi de leurs textes fondateurs. En effet le Nouveau Testament contient un certain nombre de versets hostiles aux juifs, et en particulier aux pharisiens, ce qui a nourri l’antijudaïsme des Pères de l’Eglise mais également empoisonné la foi de simples croyants pendant des siècles.

Pour cette raison, l’Amitié judéo-chrétienne s’est penchée il y a quelques années sur l’utilisation globale et péjorative du terme « juif » dans l’Evangile de Jean. Et de nouvelles traductions prenant en compte le contexte ont été proposées. Mais cette présence de versets douloureux n’est pas l’apanage du Nouveau Testament et, en 2007, trois théologiens juif chrétien et musulman ont écrit ensemble un ouvrage où chacun examine dans ses Ecritures Saintes les passages discriminatoires envers les autres afin de les mettre en contexte et de prémunir les lecteurs contre toute approche littéraliste.

Cette démarche historique est aujourd’hui essentielle pour favoriser le dialogue et le respect entre les différentes familles religieuses, et notamment entre les trois monothéismes. Et si elle peut effrayer certains croyants par son côté désacralisant,

ils doivent se rassurer en pensant que la relativisation des versets douloureux permet de neutraliser l’effet de propos destructeurs en totale contradiction avec l’esprit du Dieu monothéiste.

Mais heureusement il existe aussi, dans les Ecritures Saintes, d’autres versets, plus généreux, et qui au contraire des précédents, peuvent suggérer la reconnaissance de l’autre, la fraternité humaine, et une espérance commune de justice et de miséricorde. Par exemple deux versets du Nouveau Testament sont souvent rappelés pour faire contrepoids à l’antijudaïsme chrétien: « Le Salut vient des juifs » Jean 4,22 et « Les dons de la Grâce et l’appel de Dieu sont irrévocables » Romains 11,29.

Dans le Coran également certains versets peuvent donner lieu à une lecture bienveillante à l’égard des Gens du Livre, atténuant l’effet de propos dévastateurs. En tout état de cause, le meilleur outil pour se prémunir contre les lectures dangereuses, c’est de « ne jamais accepter l’écrit tel quel. » nous dit Marc-Alain Ouaknin à la fin de son livre Les dix commandements. Et il poursuit : « Interpréter, c’est se révolter contre ce qui n’est pas éthique dans l’écrit, c’est faire entrer ce qui n’est pas éthique dans le monde de l’éthique, c’est ce qui nous permet de vivre la justice et la bonté : l’éthique des Dix commandements. »

Donc le travail sur les textes est à poursuivre, et il est bon de savoir qu’au sein de chaque religion certaines personnes reçoivent vocation d’entrer dans ce travail avec des croyants d’autres religions, ouvrant, au - delà même du devoir de tolérance, un chemin de reconnaissance de l’autre et des autres. Celle-ci pourrait être un des enjeux majeurs de notre époque de mondialisation où la peur de perdre son identité peut livrer les individus à des tentations intégristes ou fanatiques.

Florence Taubmann